Enregistrement des taxis de la Marne au PN 25

Mouvements de troupes, au nord-est du Camp Retranché de Paris

d’après le registre des Chemins de Fer du Nord du PN 25 à Sevran*

 

La SEHT remercie M. André Lefèvre qui lui a confié le registre du passage à niveau de Sevran (PN 25 de la ligne Paris-Soissons) tenu par son grand-père Théodore Lefèvre. Ce document a enregistré le passage de tous les véhicules qui ont franchi les voies de la ligne, entre le 12 août 1914 et le 10 février 1915, notamment les 7 et 8 septembre, lors du passage des fameux taxis de la Marne. Cet élément du patrimoine local de la Première Guerre mondiale a été exposé le 6 décembre 2014, lors de l’exposition Septembre 1914, présentée par la SEHT dans le cadre du Centenaire de la Première Guerre mondiale.

 

Le 6 septembre 1914 au soir, le premier convoi des taxis de la Marne roule vers le nord-est sur la route nationale n° 2. Parti des Invalides la veille au soir, il a quitté Paris par la porte de la Villette, en direction de Tremblay-lès-Gonesse où il est arrivé au milieu de la nuit. Le lieutenant Lefas qui le commande ne rencontre sur place que des militaires. Il relate ainsi son arrivée dans le village :

« Deux heures, place de Tremblay-lès-Gonesse, devant la mairie les taxis se bousculent, au lieu d’arrêter ; les voici par trois et quatre. Comment désembouteiller la rue, s’il passe un autre convoi ? Je cherche un habitant du pays, pour m’orienter dans ces rues.

- Il n’y a plus personne, mon lieutenant. Le bourg est évacué. 

- Comment, évacué ? 

- Oui, mon lieutenant. Il n’y a plus que la troupe, Toutes les maisons sont vides, Pas un seul habitant.

- Pas même un café d’ouvert ? 

- Rien. »

Les taxis-autos de Paris à la bataille de l’Ourcq, relation du lieutenant Lefas, publiée en 1915 par Robert Cornilleau dans La Ruée sur Paris, J. Tallandier, 1915

 

M. Lefèvre et son épouse, en 1906, devant le passage à niveau de Sevran, PN 25, point kilométrique 17595 de la ligne Paris-Soissons, archives de M. André Lefèvre.

 

Après être reparti le matin du 7 septembre en direction de Dammartin, le convoi s’arrête. « Midi va sonner. Déception ! Le convoi repart. Heureusement, il s’arrête à nouveau. On m’appelle en tête de la colonne. En l’absence momentanée du capitaine, je suis chef de convoi. Un officier de l’état-major de la 6e armée me prévient que nous sommes trop en avant, qu’il ne faut pas dépasser Dammartin, près duquel nous nous trouvons. Notre mission ? Nous la connaîtrons ce soir. 

(…)

À quatre heures, surprise des meilleures. Le général Laude arrive en personne. Brossard l’officier d’administration, a fait merveille. Ils apportent 600 rations de pain, de la viande, du sucre, du café, du chocolat, 220 bidons d’essence, une voiture de réparation avec des pneus, des chambres à air, des bouteilles d’air comprimé pour les gonfler. Hourra ! En ordre pour la distribution. Pas du tout. Coup de sifflet. Demi-tour.

Nous partons à 30 kilomètres en arrière, embarquer une division d’infanterie, que nous ramènerons à

Nanteuil, sur le front ».

Les taxis-autos de Paris à la bataille de l’Ourcq (ibid)

Reparti en direction de Tremblay-lès-Gonesse, le convoi  se dirige ensuite vers Livry-Gargan où il doit prendre en charge le 104e régiment d’infanterie qui l’attend à la barrière de Clichy. L’itinéraire des taxis passe par Villepinte puis Sevran où ils franchissent la voie ferrée Paris-Soissons, au passage à niveau n° 25, proche de la gare.

En 1915, le lieutenant Lefas relate ainsi l’épisode sevranais de sa mission :

« Nous partons à 30 kilomètres en arrière, embarquer une division d’infanterie, que nous ramènerons à Nanteuil, sur le front.

Arrêt en passant à Sevran. La ville n’est pas évacuée : cela parait drôle, et cela fait plaisir de revoir des petits enfants. Pauvres mioches ! On oubliait leur existence. Nous dînons là : le premier repas sérieux depuis la veille. En route maintenant. Quatre à cinq fantassins par taxi, avec armes et bagages. Nuit noire. Lanternes éteintes. Quarante kilomètres à faire. Comment cela va-t-il marcher ? Il y a vingt-quatre heures que les chauffeurs n’ont dormi ; et ils viennent de casser la croûte au café.

Eh bien ! Cela s’est passé à merveille. La Providence y a veillé sans .doute, car nous n’avons pas un accident à déplorer, mais des ruptures de convoi et des encombrements. »

Les taxis-autos de Paris à la bataille de l’Ourcq (ibid)

 

Le rapport déposé le 9 septembre à la direction des transports du Camp Retranché de Paris par le lieutenant, au terme de sa mission, détaille les opérations d’embarquement et l’itinéraire du convoi : « L’embarquement a commencé à Livry à 19 h. l’ordre de départ a été donné à 20 h, lanternes éteintes. Notre convoi a suivi la route de Sevran, Villepinte, Tremblay, Le Mesnil-Amelot, Villeneuve-sous-Dammartin, Le Plessis-Belleville, Nanteuil. Un autre convoi transportant une partie des 103e et 104e à destination du Plessis s’est rencontré avec la nôtre à la sortie de Dammartin ».*

* il s’agit du 2e convoi parti des Invalides le 7 septembre. Il a quitté Paris par la porte de Pantin et la nationale 3, en direction de Gagny. Il s’est ensuite dirigé vers Nanteuil par la nationale 3 qu’il a quittée à Claye-Souilly, pour rejoindre le 1er convoi au carrefour de la RN2 et de la RD 34.

Feuille de tête du apport du lieutenant Alexandre Lefas, SHD 23N20

 

Le journal de marche et des opérations du 104e régiment d’infanterie note laconiquement, pour la journée du 7 septembre : « le 1er bataillon débarque à pantin à 6 heures et rejoint l’état-major du régiment à Gagny où il arrive à 10 h. À 19 heures départ du régiment en automobile pour Silly-le-Long. » JMO du 104e RI, journée du 7 septembre.

 

Le 7 septembre, lorsque le convoi Lefas se présente devant le passage à niveau de Sevran, la barrière est fermée, conformément aux instructions de l’autorité militaire relayées par la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. Une note du 9 octobre, diffusée sur tout le réseau, rappelle les consignes de fermeture permanente de tous les passages à niveau appliquées depuis le début de la guerre, elle prie les chefs de sections : « de tenir la main à ce qu’elles soient rigoureusement observées. Au surplus en raison des mesures prises récemment au sujet de la circulation automobile, les gardes devront prendre le N° de toute automobile traversant leur PN, même si elle est occupée par des militaires ». La note est signée Dautry, ingénieur de la voie.

Note de service de l'ingénieur Dautry, responsable de la voie des Chemins de fer du Nord Paris-Soissons, rappelant les consignes de sécurité relatives à la circulation automobile. Les barrières des passages à niveau du réseau doivent être fermées en permanence. L'immatriculation de tout véhicule demanant le franchissement des voies doit faire l'objet d'un signalement.

 

Le registre du passage à niveau 25, entre le 12 août 1914 et le 10 février 1915, note le passage de 2333 automobiles civiles, 2291 voitures militaires, 109 camions, dont 89 militaires, 5 motos, 2 autobus, 1 chariot hippomobile. Conformément aux directives reçues, les immatriculations sont enregistrées. Lorsqu’une automobile circule sans immatriculation, le registre signale « passage d’une auto sans numéro. » L’enregistrement des plaques minéralogiques ne pose pas de problème particulier lorsque les véhicules se présentent un à un. En revanche, lorsqu’ils roulent en convoi, elle n’est plus possible. Ainsi le 1er septembre, à 17 heures 52, est-il noté le passage de « 7 autos militaires ». L’impossibilité de recenser les immatriculations sera bien entendu totale, lors du passage des autos-taxis de Paris les 7 et 8 septembre. Ce jour-là, après avoir reconnu la nature du convoi, le garde Théodore Lefèvre, ouvre les barrières et note sur le registre du PN n° 25, heure par heure, le nombre des véhicules qui franchissent la voie. Cette tâche n’est pas aisée et l’observateur n’est pas toujours sûr de son pointage. Ainsi entre minuit et 1 heure, ponctue-t-il son résultat du terme « environ. »

 

Chaque automobile du convoi est enregistrée à l’aller lorsqu’elle roule en direction de Livry, au retour lorsqu’elle prend la direction de Villepinte, Tremblay-lès-Gonesse, pour se diriger vers la route nationale 2. Le lieutenant Lefas reviendra le 8 septembre, afin de réaliser un nouveau transport, déplacement qui s’avèrera inutile, les derniers soldats ayant été transportés par chemin de Fer, depuis la gare de Sevran.

Le pointage du garde barrière effectué le 7 septembre note 491 autos militaires, entre 16 h et 17 heures ; 327 entre 18h et 21 heures ; 104 « environ » entre 12 (minuit) et 1 heure .

Mobilisé sur place, en qualité de GVC (garde des voies de communication) Théodore Lefèvre enregistre tous les passages de véhicules au passage à niveau PN 25 à Sevran, dont il a la charge.

 

Le 8 septembre Théodore Lefèvre poursuivra le recensement numérique des véhicules et notera 146 autos militaires entre 14 h et 15 heures ; 188 entre 17 h et 18 heures ; 144 entre 18 h et 19 heures ; 359  entre 17 h et 18 heures ; 276 entre 19 h et 20 heures.

Sur les deux journées des 7 et 8 septembre le garde consigne donc le passage de 2144 « autos militaires » alors que seulement 2291, chiffre à peine supérieur, seront enregistrées entre le 12 août 1914 et le  10 février 1915. En quarante huit heures, il a donc été noté un peu plus de 95% de la totalité des franchissements portés sur le  registre !

 

Si 2144 passages sont enregistrés les 7 et 8 septembre, nous savons que le convoi ne comptait pas plus de 500 véhicules, ce qui veut dire que ceux-ci ont franchi quatre fois le passage à niveau. La plupart étaient des Renault. En 1914, la grande majorité des 10 000 taxis circulant à Paris appartiennent à cette marque. Trois compagnies se partagent la ville, chacun identifiables par leur immatriculation : Kermina Métropole (G2), Compagnie Générale de voitures à Paris (G3) et Autoplace (G7. Ils seront en grande majorité réquisitionnés pour la guerre. Depuis 1907, le Type AG de 1905 est devenu AG-1, en recevant un moteur de 1205 cm3. Long de 3.70 m, il a une largeur de 1,60.m, une  hauteur de 2.20 m. Il pèse- 1100 kg.

 

La signature de Théodore Lefèvre est apposée au bas de la page des 7 et 8 septembre. Aucune des autres pages du registre ne porte sa signature. Ce paraphe est la marque du caractère exceptionnel des enregistrements effectués par le GVC Théodore Lefèvre, à cette date. L’immatriculation des taxis-autos n’est pas notée, mais on comprend aisément cette lacune, comment prendre en note des numéros d’immatriculation lorsque se présentent des centaines de véhicules qui roulent en convoi ? Le registre pointe le nombre de véhicules, heure par heure, sous la désignation autos militaires. Chaque taxi transporte cinq soldats en armes avec leur équipement. Deux se tiennent sur les marches pieds, un est assis à côté du chauffeur, deux sont à l’intérieur du véhicule. Cette présence massive de soldats et de leur encadrement justifie que les passages soient qualifiés du terme Autos militaires sur le registre du PN 25, bien qu’il s’agisse de taxis-autos de Paris, soit en réalité de véhicules civils.

 

 

 

Nous devons cette trace écrite locale de l’épopée des taxis de la Marne à un homme du Nord. Né à Essigny-le-Petit dans l’Aisne Théodore Lefèvre est entré dans le monde du travail encore adolescent, placé dans une ferme. Il a ensuite effectué trois ans de service militaire  dans les dragons, à Lunéville, puis est rentré dans les chemins de Fer du Nord. Il a tenu le passage à niveau de la Croix Blanche à Aulnay-lès-Bondy, puis celui de la gare à Sevran à partir de 1906. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert en qualité de GVC (garde des voies de communication), mobilisation étroitement liée à son activité de garde barrière, responsabilité dans laquelle il est épaulé par son épouse Fernande, Eugénie. Celle-ci, née à Lyon en 1877, est également salariée des Chemins de fer du Nord et relaie son conjoint à la garde du passage à niveau.

 

Depuis le mois d’août, le passage des véhicules est noté, leur immatriculation consignée sur le registre tenu par le garde barrière. un rapport est envoyé, sur le formulaire prévu à cet effet. Par exemple, le 16 août, 9 véhicules ont franchi la voie. Selon ce document :

La voiture 3130 z est passée à 15 h 23, la 3254 Y 1 à 16 h33, la 153 U 8 à 16 h 55, la 2493 Z à 17 h 45, la 384 U 7 à 18 h 05, la 7874 y à 18 h 19, la 7874 y  à 18 h 19, la 3254 Y 5 à 18 h 40, la 398 X 8 à 19 h 19, la 4802 « militaire » à 20 h 20.

Registre du passage à niveau PN 25, journés des 7 et 8 septembre

 

Le registre du PN 25 a noté les passages sur 12 journées en septembre 1914, 31 journées en septembre, 10 seulement en octobre, 12 en novembre, 31 en décembre 1914, 31 en janvier 1915, 10 en février 1915, date à laquelle la comptabilité des passages devient inutile. Si le mois d’octobre 1914 comporte un trou de 21 journées, celui de novembre une autre de 18, ces lacunes ne concernent que le registre. Du 12 août 1914 au 10 février 1915, un rapport journalier a été transmis, au moyen d’un formulaire adressé à l’administration du réseau et communiqué à l’autorité militaire. C’est donc à un travail fastidieux de recollement des données que sont astreints les gardes. Lorsque le titulaire est remplacé, il est vraisemblable que certains remplaçants se contentent du rapport journalier, ce qui expliquerait les lacunes du registre pour les périodes du 11 au 31 octobre et du 13 au 30 novembre 1914.

 

 

Recensement des passages de véhicules au PN 25 de la ligne Paris-Soissons : août 1914 - février 1915

 

date

Autos civiles

Autos militaires

Motos

Camions

Autobus

unités

remarques

Août

1914

303

15

 

5

 

 

Recensement sur 18 journées

Le 15  passage d’un chariot hippomobile

Septembre

1914

200

2 157

4

1

 

 

Recensement sur 30 journées

Taxis de la Marne 7 & 8 septembre

Octobre 14

49

 

 

 

 

 

Recensement sur 10 journées

Novembre

1914

266

1*

 

67**

 

 

Recensement sur 12 journées

* 1 voiture de l’armée anglaise

**53 camions militaires

8 véhicules du service du télégraphe

Décembre

1914

859

74

1

5

 

 

Recensement sur 31 journées

dont 22 véhicules du  télégraphe

Janvier

1915

499

43

 

4*

2

 

 

 

31e Cie Génie

91e Cie Génie

4e bt artillerie

CRP

Recensement sur 31 journées

*2 camions militaires, 2 civils

2 des véhicules du service du télégraphe

3 passages

11 passages

1 passage

3 passages

Février

1915

 

155

10*

 

34**

 

 

Recensement sur 10 journées

*dont 2 voitures militaires belges

**34 camions militaires dont un du Génie

2 véhicules du  service du télégraphe

 

TOTAUX

 

 

2 331

 

 

2 300

 

5

 

 

116

 

 

2

 

 

 

 

Le 1er septembre 1914, la situation militaire est particulièrement alarmante. Les Allemands approchent de Paris et sont à la veille de prendre Senlis. Une activité automobile intense est notée au passage à niveau, avec les véhicules de civils qui évacuent la zone d’approche de l’ennemi et les véhicules militaires qui préparent le repli de l’état-major de la 6e armée. Celui-ci est encore au château d’Ecouen, mais il quittera ce lieu  pour la mairie du Raincy, le 3 septembre, via Sevran et Livry.

 

Le 1er septembre, le passage de 39 véhicules est noté sur le registre du passage à niveau de Sevran : la voiture 8772-Z franchit la barrière à 8 h 25, la 640 V-B à 8 h 45, la 8590–Z à 9 h 40, la 8540-Z à 9 h 48, la Z91-907 à 10 h 13, la 9999-E à 10 h 15, la 7103-9 à 10 h 42, la 8076-4 à 11h15, la 1777 B à 11 h 20, la 3054-Z à 11 h 30, la 8190-Z à 11 h 30, la 4392-Z à 13 h 10, la 4047-XYL à 13 h 49, la 2189-Y-1 à 13 h 50, la 371-X-8 à 14 h 05, la 5125-Y à 14 h 48, la 1429-Y-1 à 15 h 27, la 30-Y-9 à 11 h 3, la 812-1-8 à 16 h 40, la 8995-1 à 16 h 43, les 799-Y, 1377-Z et 9999-E à 17 h 37, la 8590-Z à 18 h 05, la 8521-8 à 18 h 09, la 5669-Z à 18 h 10.

 

L’immatriculation des véhicules militaires est également enregistrée. La voiture militaire 620-1-9 franchit le passage à niveau  9 h 30, la 4-X-4 à 9 h 40, la 30-Y-9 à 10 h 05. Un autre véhicule militaire passe à 14 h 35, sept autres à 17 h 52, sans que l’on ait eu le temps d’enregistrer leur immatriculation.

La direction des véhicules de passage n’est pas indiquée, mais il est vraisemblable que le flux dominant soit le sens nord-est - sud-ouest, la partie située au nord-est du Camp Retranché de Paris étant alors sous la menace directe de l’offensive allemande. Autre remarque pour la journée du 1er septembre, les notes du registre n’ont pas été portées par Théodore Lefèvre mais par Louis Wiel qui le remplace ce jour-là et a signé le registre.

 

Les gardes barrière sont mobilisés par l’autorité militaire en qualité de GVC, gardes des voies de communication. Ils ne courent pas les risques des soldats qui servent en première ligne, mais ils doivent être disponibles de jour comme de nuit. Cela sera particulièrement inconfortable lorsque la situation du Camp Retranché de Paris devient préoccupante, alors que s’accumulent les échecs de l’offensive lancée aux frontières.

 

Ainsi dans la nuit du 13 au 14 août 1914, la barrière est-elle levée à 2 heures du matin pour le passage d’une voiture militaire, puis une deuxième fois à 5 h 10, pour le même office. Dans la nuit du 14 au 15 août, le garde est sollicité à minuit, puis 2 h 20. Dans la nuit du 15 au 16 août 1914, il l’est à 22 heures, par les gendarmes, puis de 4 h 50 à 6 h pour le passage de troupes à pied. Dans la nuit du 16 au 17 août 1914, il l’est encore pour le passage de troupes, de 4 h à 5 h puis de 5 h à 6 h. Il le sera encore dans la nuit du 17 au 18 août à deux reprises, entre 4 heures et 6 heures, encore pour le passage d’hommes de troupe.

 

Il serait fastidieux et sans doute peu utile de publier le détail des milliers de véhicules dont le passage est enregistré sur le registre tenu par les époux Lefèvre, au passage à niveau de Sevran. En revanche toute notre attention se porte sur les journées des 7 et 8 septembre où ils ont noté le passage des taxis autos de Paris.

 

Rappelons que le convois en provenance de Tremblay-lès-Gonesse via Villepinte est enregistré une première fois le 7 septembre, lorsqu’il franchit la voie en direction de la barrière de Clichy à Livry, puis au retour après embarquement du 104e régiment d’infanterie, lorsqu’il prend la direction de Nanteuil le Haudouin, via Sevran, Villepinte, Tremblay-lès-Gonesse, la Patte d’Oie de Gonesse puis Nanteuil, par la RN2- Il le sera encore le 8 septembre, lorsque le lieutenant Lefas revient à Livry pour le cas où l’on aurait encore besoin des services de son convoi, initiative qui s’avérera inutile, les derniers militaires ayant été transportés par train, depuis la gare de Sevran..

 

Bien que le convoi des taxis-autos ait longuement stationné à Tremblay-lès-Gonesse, dans la nuit du 6 au 7 septembre, aucun témoignage local n’a pu être recueilli. Les villages du nord-est du Camp Retranché de Paris sont évacués. Un Tremblaysien, René Frappart, a laissé le récit de ces jours tragiques, qu’il a connus dans sa petite enfance. Il l’évoque ainsi dans ses souvenirs : « puis un beau matin, ce fut l’exode. On m’habilla rapidement et on me fit monter dans un grand chariot. J’ai juste eu le temps de voir une longue file de ces mêmes voitures alignées, prêtes à partir, dans la rue du Puits-Hazard et ce fut le départ. Nous n’allâmes pas très loin d’ailleurs. À 25 ou À 25 ou 30 km au sud de Paris. »

 

 



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