Friche lrésiduelle de la guerre : le pont de la ligne de chemin de fer abandonnée

Friche résiduelle de la guerre : le pont de la ligne de chemin de fer abandonnée

 

Si en septembre 1914 la guerre frappe aux portes de Tremblay-lès-Gonesse, la contre-offensive victorieuse de la bataille de la Marne éloigne les belligérants et le risque de destruction massive qui frappe les villages martyrs de la ligne de front. Toutefois le paysage de la plaine de France sera affecté par les incidences économiques de quatre années de conflit. L’une des plus insolites d’entre elles se trouve à quelques centaines de mètres du Petit-Tremblay, à proximité de l’ancienne route de Soissons. Un pont domine la plaine sur laquelle il appuie trois arches de béton, soutenues par des piliers longilignes. De forme légèrement incurvée, il amorce une courbe que l’imagination peut prolonger à l'infini au dessus de la plaine de France qui s’ouvre devant lui. La partie supérieure est surmontée d’une rampe en fer forgé aussi inutile que l'ouvrage qu'elle couronne. Cette œuvre surréaliste qui ne conduit nulle part n’est pas une matérialisation de l'acte gratuit vantée par une certaine littérature, elle est l’œuvre d’ingénieurs dûment mandatés qui ont exécuté un ouvrage public pour lequel ils imaginaient un autre avenir.

Enquête publique pour la créationde la ligne de chemin de fer Aulnay-sous-Bois-Rivecourt, par Senlis, 1911

 

Il s'agit d'un des vestiges d’une ancienne future ligne de chemin de fer qui devait relier Aulnay-sous-Bois à Rivecourt, par Senlis. En 1913 le chantier est ouvert et des engins mécaniques s'attaquent à la plaine de France pour édifier les remblais de l’ouvrage. En 1913, à quelques centaines de mètres de la ferme de Mortières, on voit à l'œuvre, au chemin de Voyeux, une excavatrice et une pelleteuse à vapeur. Les travaux suspendus pendant la guerre n’ont jamais repris et la tranchée ouverte n’a été comblée que quelques cinquante ans plus tard, lors de la construction de l'aéroport Charles de Gaulle.

Vestige du projet de création de la ligne de chemin de fer Aulnay-sous-Bois-Rrvecourt, abandonnée après la guerre, le pont du Petit-Tremblay a été choisi par Godart pour tourner la scène de l'accident du film Pierrot le fou.

 

 

Notons que la construction de cette voie de chemin de fer figurait encore au programme électoral de Jules Princet, en 1922. Maire d’Aulnay-sous-Bois et conseiller d'arrondissement, il fit publier une carte intitulée LE PORTRAIT DU PAYS « estimant plus conforme à la délicatesse, à la sincérité et à la modestie de donner à tout électeur le Portrait du Pays à défendre, plutôt que le portrait du candidat à élire. » Sur ce document, l'amateur de littérature qu’était Jules Princet file la métaphore du portrait « nos lecteurs, écrivait-il, remarqueront comme une mèche au front, le trait de la ligne de RIVECOURT. C’est une mèche que nous caressons, que nous avons à notre programme et dont nos concurrents font leur « toupet. » Mais c'est bien connu. Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent. Ne répondant pas à une nécessité économique, le projet fut abandonné. Les ouvrages d’infrastructure dont la construction précède celle des voies jalonnent encore, de place en place, le tracé de cet ancien rêve de nouvelle voie de chemin de fer.

 

En 1965, le site du pont du Petit Tremblay a inspiré l’un des plus grands réalisateurs du cinéma français, Jean-Luc Godard. Le pont de l’ancienne ligne de chemin de fera été choisi pour le tournage  de la scène de l’accident du film Pierrot le fou. Le héros tente d’échapper à son destin en simulant un accident qui se déroule sur un lieu symbolique. Un pont inutile qui n’a jamais été relié à une voie de communication. On peut voir dans ce lieu absurde, une image de la Guerre qui a arrêté des travaux d’intérêt public a broyé des millions de vies.



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