La vie du village durant la Première Guerre mondiale : Tremblay-lès-Gonesse 1914-1920

        Chronique  de la vie locale au cours de la          Première Guerre mondiale,

d’après les procès-verbaux des séances du Conseil municipal              1914 - 1920

Source : Thierry Godin, Album du centenaire de la Première Guerre mondiale, révue n° 41 de la SEHT, année 2017 

 

 

   Année 1914   

 

Le 1er août 1914, l’engrenage terrible des alliances entre grandes puissances pousse le Gouvernement à décréter la mobilisation générale. Deux jours plus tard, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Au cours de ces quatre terribles années, le départ sous les drapeaux de près de 8 millions de Français provoque des vides considérables dans toutes les secteurs de la vie civile. C’est le cas au sein des corps municipaux des petites communes touchés, eux aussi, dès le début du conflit, par la mobilisation massive de plusieurs classes d’âge.

 

À la veille de la guerre, depuis la loi municipale de 1884, toutes les communes de France, à l’exception de Paris, sont régies par un même régime juridique. Le conseil municipal est désormais élu au suffrage universel pour quatre ans. Seuls les hommes ont le droit de vote. La durée du mandat municipal ne sera portée à 6 ans qu’en 1929. Comme aujourd’hui, le conseil municipal vote des délibérations et désigne le maire, chargé de l’application des décisions. La loi de 1884 a également élargi le champ d’action des municipalités en leur accordant une clause générale de compétence encore en vigueur de nos jours. Pendant la Première guerre mondiale, le processus électoral est suspendu. Les dernières élections municipales générales avant le conflit avaient eu lieu en 1912. Les suivantes ne seront organisées qu’en 1919. À Tremblay, Louis, Victor Vaché a été élu maire le 27 avril 2013 à la suite d’une élection partielle. Sa famille possède l’une des grandes exploitations agricoles de Tremblay-lès-Gonesse. La grange monumentale de la ferme domine encore l’entrée sud du Grand Tremblay.

 

 

Louis, Victor Vaché est né le 13 novembre 1874 à Noisy-le-Grand. Incorporé le 16 novembre 1895, il effectue trois années de service militaire, dans un régiment de cuirassiers. D’un solide niveau d’instruction primaire, sanctionné par le niveau 3 sur sa fiche de recrutement militaire, il est nommé brigadier le 20 décembre 1896, maréchal des logis le 22 mai 1898. Il mesure un mètre soixante-quatorze, une assez belle taille pour l’époque. Il a des yeux bleus, des cheveux châtains clairs, un visage ovale, un menton rond.

 

Il est élu conseiller municipal de Tremblay, lors des élections municipales des 5 et 12 mai 1912, à l’âge de trente-huit ans.

Louis Victor Véché est élu maire, le 27 avril 1913, au 2e tour de scutin, après renouvellement partiel du Conseil municipal. Registre des délibérations du Conseil municipal, cliché SEHT

 

La liste élue comprend les grands propriétaires terriens comme Victor Tétard (ferme de Mortières), Georges Pelletier ferme n°30 rue Louis-Eschard, Paul Cousin (ferme de Conac, n° 17, rue de la Mairie) mais également des agriculteurs d’exploitations de taille moyenne comme Rieul Lévêque ou des artisans comme Denis Senez, bourrelier dont l’activité est au cœur de l’économie locale, dans un village qui selon les statistiques agricoles de 1904 compte 156 chevaux, 1 âne, 1 taureau, 130 bœufs, 25 vaches, 12 chèvres, 300 brebis, 700 moutons de plus d’un an et 10 porcs à l’engrais.

 

Georges Pelletier n’est pas candidat mais son mandat de Conseiller municipal est renouvelé par les électeurs. Henri Toutain, officier en retraite, âgé de 58 ans est également élu. Le 27 avril 1913, tous deux sont installés dans leurs fonctions et l’on procède à l’élection du maire. Au premier tour, Georges Pelletier obtient 7 voix, mais il refuse le mandat de maire que souhaite lui confier à nouveau le Conseil municipal. Au 2ème tour Louis Vaché est élu maire, avec 6 voix, contre 2 à Paul Cousin, 2 à Henri Toutain, 1 encore à Georges Pelletier.

 

 

     1914 -  première année de guerre    

 

 

 

Lorsque la guerre éclate, Louis Vaché a quarante ans. Il est mobilisé par suite du décret présidentiel de mobilisation générale du 1er aout 1914.  Avant de rejoindre son unité, il réunit le Conseil municipal, le 6 août 1914 et délègue ses fonctions à son adjoint Monsieur Senez, pour la durée de la guerre. Il propose au Conseil de faire assister son adjoint par une commission municipale permanente de deux membres. MM. Pelletier et Cousin sont désignés pour cet office. Pendant toute la durée de la guerre, Louis Vaché n’a pas été en mesure d’exercer son mandat. *

 

Arrivé le 13 août 1914 au 19e escadron du train des équipages, Louis, Victor Vache est ensuite muté  au 8e escadron du train le 6 juillet 1915. Il est placé en sursis d’appel, du 2 août 1917 au 31 octobre 1917, au titre de chauffeur de machines à battre de la commune de Tremblay-lès-Gonesse (décision GMP n° 11501 du 30/07/1917.) Son sursis est prolongé jusqu’au 31décembre 1917, par décision GMP n° 17143 du 13.10/1917. Rentré au dépôt le 2 octobre, il  passe dans la réserve le 1er novembre 1918. Le 31 juillet 1918 il bénéficie d’un sursis d’appel au titre de propriétaire exploitant à Tremblay-lès-Gonesse.

 

 

Pendant toute la Guerre, la Municipalité de Tremblay-lès-Gonesse continue à se réunir régulièrement et à prendre des décisions pour administrer le village. Le territoire communal n’a heureusement pas été directement été touché par les combats mais il fût un lieu de cantonnement et de transit de diverses unités de l’armée française. Dans les registres des délibérations de l’époque, conservés aux archives communales, nous avons relevé au total 41 décisions municipales, du 6 août 1914 au 12 novembre 1920, ayant un lien avec la guerre. Ces décisions, parfois anecdotiques, toujours écrites de manière lapidaire, illustrent cependant à leur manière la réalité de la guerre : la vie quotidienne pendant le conflit, la cohabitation avec l’armée, les manifestations de solidarité, et bien sûr les séquelles et le décompte des effroyables pertes humaines.

Le 2 septembre 1914, l’armée allemande a pris Senlis et n’est plus qu’à quelques kilomètres de la capitale. Le Gouvernement quitte Paris et se replie à Bordeaux. Situé à la pointe nord-est du camp retranché de Paris, Tremblay-lès-Gonesse est évacuée comme les autres bourgades des environs. Vidé de ses habitants, le village est aussi le théâtre d’une intense activité militaire. Les soldats de la 47ème batterie du 3ème régiment d’artillerie basé au fort de Vaujours, sont positionnés sur le territoire communal.  Le 3 septembre, le Général Maunoury, commandant de la 6ème armée chargée de défendre Paris, établit son poste de commandement au presbytère de Tremblay. Dans la nuit du 6 au 7 septembre, le village est le point de ralliement de 500 taxis parisiens et divers autre véhicules militaires, chargés de transporter rapidement et de la manière la plus secrète possible, des troupes destinées à appuyer la contre-offensive de l’Ourcq.

Prise de Senlis : le quartier de la Licorne, après le départ des Allemands.CPA, collection SEHT

 

À Tremblay-lès-Gonesse, le premier magistrat de la ville, Louis Vaché, cultivateur, est appelé sous les drapeaux. Avant de rejoindre son affectation, il doit prendre des dispositions pour assurer, pendant son absence, la continuité de l’administration du village. Il réunit le conseil municipal le 6 août 1914 à 9h00 « dans le lieu ordinaire de ses séances ». Autour de Monsieur Vaché, sept conseillers municipaux sont présents : Messieurs, Senez, Lecallier, Rihouey, Legrand, Bernier, Cousin et Pelletier. Monsieur Lecallier est désigné secrétaire de séance. Il est à ce titre, chargé de la rédaction des délibérations.

 

Louis Vaché informe l’assistance qu’il est « appelé au service militaire par l’ordre de mobilisation générale » et qu’il délègue ses fonctions à son adjoint, Monsieur Senez « pendant la durée de la guerre ». Lors de cette séance, une commission permanente est également constituée pour administrer la ville. Celle-ci est composée de Monsieur Senez, président de droit, et de Messieurs Cousin et Pelletier.

 

Ce 6 août 2014, sans pouvoir imaginer combien le conflit allait être long et terrible, les élus ont également pris deux autres délibérations destinées à anticiper sur les conséquences de la guerre en matière d’ordre public et de rationnement. La première était d’acheter à Monsieur Pelletier, cultivateur, pour le compte de la commune, la récolte de deux hectares de pommes de terre. Le secrétaire de séance, Monsieur Lacallier précise que « La quantité récoltée sera mise en réserve et livrée, en cas de manque de vivres, aux habitants de la commune ». Enfin, les sept élus municipaux décident également « en raison des graves événements actuels » de la formation d’une garde communale « recrutée volontairement parmi les habitants de la commune » et de confier son organisation et son fonctionnement au Maire ou en son absence, à son adjoint.

 

Lors de sa séance 13 novembre, le conseil décide également de nommer une commission qui sera chargée d’examiner les réquisitions militaires, ainsi que les dégâts et pertes. Il faut rappeler qu’en 1914, les réquisitions militaires étaient encadrées par une loi de 1877, modifiée plusieurs fois dont les deux premiers articles sont les suivants :

Art. 1er. ― En cas de mobilisation partielle ou totale de l’armée, ou de rassemblement de troupes, le Ministre de la Guerre détermine l’époque où commence, sur tout ou partie du territoire français, l'obligation de fournir les prestations nécessaires pour suppléer à l'insuffisance des moyens ordinaires d’approvisionnement de l’armée.

Art. 2. ― Toutes les prestations donnent droit à des indemnités représentatives de leur valeur.

Les membres de la commission municipale désignés le 13 novembre 1914 sont Messieurs Lévêque, Pelletier, Cousin, Lecailler et Nézondé. La délibération mentionne également que Monsieur le Maire et son Adjoint ont la qualité de membres de droit.

 

 

     Année 1915     

 

Après la première bataille de la Marne de septembre 1914 et le repli des forces allemandes, le village voit le retour de

ses habitants qui cohabitent désormais avec différentes unités de l‘armée française. Dans les zones concernées, les chefs militaires avaient comme consigne, pour limiter les dépenses publiques, de ne recourir aux réquisitions chez l’habitant qu’après avoir épuisé toutes les ressources d’hébergement des lieux publics. Malgré cela, la présence militaire ne sera naturellement pas sans conséquence sur la vie locale et sur les décisions prises par la Municipalité.

 

Le premier Conseil municipal consacré à la présence de troupes date du 16 février 1915. Les élus sont réunis l’après-midi, à quatorze heures, toujours « au lieu habituel des séances » et organisent pour appliquer le décret du 16 août 1914, relatif aux indemnités de logement et de cantonnement, signé de Raymond Poincaré, Président de la République. Le texte indique notamment que « pour le paiement de ces indemnités, il devra être émis des mandats spéciaux qui porteront la mention réquisition suivie de l'indication cantonnement ou logement chez l'habitant ». Les élus de Tremblay prennent donc deux décisions. La première est d’ajouter au budget municipal de l’année 1915, une ligne de crédit « allouée aux indemnités pour cantonnement de troupes ». Ainsi, les indemnités seront versées par les autorités militaires au receveur municipal, et la municipalité se chargera de « les répartir ultérieurement entre les habitants ». La deuxième décision du jour est de « réunir les bons de réquisition remis aux habitants et de les adresser à l’Intendant Militaire de Versailles ».

 

Le 3 juin 1915, le sujet du cantonnement des troupes apparaît sous un angle nouveau : la gestion des déchets. En effet, le Conseil décide d’adopter une proposition faite par le capitaine commandant la 47ème batterie du 3ème régiment d’artillerie d’installer « par les soins de l’artillerie un brûleur de gadoues d’ordures ménagères ». On peut supposer qu’en ce mois de juin 1915, devant l’accroissement du volume de déchets, il était devenu indispensable de procéder à leur incinération pour des questions d’hygiène et de salubrité publique. La délibération du 3 juin 1915 mentionne toutefois que « les dépenses seront payées par la commune. »

 

Dans la guerre totale qui s’installe et endeuille les familles du village les unes après les autres, le registre des délibérations nous informe également de la manière dont la commune s’inscrivait dans le vaste mouvement d’union nationale et faisait œuvre de solidarité envers les soldats et les victimes civiles et militaires du conflit. Ainsi le 6 août, la commune adhère à l’œuvre d’assistance aux mutilés des armées de terre et de mer du département de Seine et Oise et inscrit au budget communal les vingt francs correspondant à la cotisation. Le 16 novembre, une subvention de vingt francs est votée pour le Noël des réfugiés, ainsi qu’une subvention de quarante francs pour les prisonniers de guerre. Au cours de cette même séance de novembre, le conseil décide « l’envoi de paquets contenant des lainages et vêtements chauds aux militaires nécessiteux de la commune et charge l’instituteur et l’institutrice de l’achat et de l’envoi de ces objets. » Les élus décident également d’utiliser pour cette dépense les 225 francs initialement prévues pour « l’achat de livres de prix ». En outre « en raison de l’insuffisance de ladite somme », le conseil « décide d’ouvrir une souscription dans la commune pour augmenter les ressources de cette œuvre. »

Extrait du journal Le Miroir, n° 56 du 20 décembre 1914, cliché SEHT

En toute fin d’année, le 28 décembre 1915, les élus décident l’envoi de paquets de « pain et de vêtements chauds » pour les neuf prisonniers de guerre tremblaysiens. Le conseil vote une somme de soixante francs qui sera confiée à Madame Varin, institutrice, qui aura la charge d’effectuer les achats et de procéder à l’envoi des paquets. Enfin, le conseil décide de voter une subvention de dix francs pour la journée du Poilu. Une de ces nombreuse journées patriotiques organisées en France, à partir de 1915, avec le concours des municipalités et des établissements scolaires, au cours desquelles étaient organisées des quêtes, collectes et autres ventes publiques, au bénéfice de la figure héroïque du Poilu, défenseur de la Patrie.

 

    Année 1916    

 

C’est l’année des grandes batailles et de la guerre totale. L’offensive allemande sur Verdun et celle des Alliées sur la Somme sont mises en échec et se soldent par des pertes humaines effroyables. À l’arrière, la vie continue, malgré tout. La guerre est moins présente dans le registre des délibérations municipales, mises à part les actions de solidarité. Le 16 février, on note l’attribution de 60 francs au Comité cantonal de soutien aux prisonniers de guerre, de 300 francs pour l’œuvre du tricot du soldat au bénéfice des mobilisés de la commune, et l’envoi comme l’année précédente, de paquets aux mobilisés de la commune.

 

Ce 16 février, les instituteurs Monsieur Héricourt et Madame Varin donnent lecture aux élus des lettres de remerciements des soldats qui attestent que les colis sont arrivés aux destinataires. Ainsi, sont parvenus six envois d’argents aux soldats malades hospitalisés, sept paquets contenant « des sous-vêtements, des tricots et du tabac aux combattants » et neuf colis comprenant « du pain, des sous-vêtements et des tricots aux prisonniers » ainsi qu’un deuxième envoi de pain à ces derniers. Le Conseil « donne acte de cette communication et remercie Monsieur Héricourt et Madame Varin de ces envois. »

Mme Varin, directrice de l'école de filles. Carte photo, archives de la SEHT

 

M. Héricourt, directeur de l'école de garçons et ses élèves. Carte photo, archives de la SEHT

 

Le 16 novembre 1916, un vœu du Conseil municipal exprime l’inquiétude de la population qui risque de se voir privée de son boulanger. Il apparaît en effet que ce dernier, Jules Charles Jean Quicray, né le 10 avril 1877, vient d’être versé à 39 ans, dans le service auxiliaire et est susceptible d’être appelé sous les drapeaux. Devant cette situation, le  Conseil « demande à Monsieur le Préfet de mobiliser Monsieur Quicray dans sa boulangerie et fait ressortir que Monsieur Quicray est seul boulanger pour la commune qui compte 830 habitants, et qu’il dessert Villepinte et la Villette-aux-Aulnes ».

 

    Année 1917    

 

Tremblay-lès-Gonesse reste avant tout un village rural de la Plaine de France, et en cette troisième année de guerre, plusieurs délibérations du Conseil municipal nous rappellent combien la vie municipale est étroitement liée à l’activité agricole. Ainsi, à quelques semaines des moissons, le 5 juin, le Conseil municipal est informé de la réquisition de 2167 quintaux de blé pour l’effort de guerre et décide de « répartir cette réquisition entre les cultivateurs de la commune proportionnellement à l’étendue de leurs cultures ». Le recensement des exploitations agricoles qui est utilisé comme référence par la commission des réquisitions est le suivant :

 

M. Têtard :      230 hectares

M. Cousin :     295 hectares

M. Vaché :      140 hectares

M. Nézondé : 170 hectares

M. Lacallier :   200 hectares

M. Pelletier :    180 hectares

M. Bernier :     155 hectares

M. Frappart :     15 hectares

M. Mavré :        10 hectares

Total :          1 465 hectares

 

 Parallèlement, lors de cette même séance, le Conseil municipal s’alarme du manque de main d’œuvre qui risque de « compromettre les récoltes de betteraves et de pommes de terres » et demande à Monsieur le Préfet l’envoi de prisonniers de guerre pour les travaux urgents en ce début d’été, de binage et de buttage, indispensables à ce type de cultures.

 

Pendant l’été, la tension monte entre les autorités et les élus de la commune, qui sont également les principaux exploitants agricoles. Confrontés à la fois aux réquisitions pour l’effort de guerre et au manque de main d’œuvre, ceux-ci convoquent une séance extraordinaire le 20 août. Une nouvelle réquisition est imposée à la Commune. Il s’agit de fournir 1584 quintaux d’avoine. Mais le conseil décide « qu’en raison du retard occasionné par le mauvais temps et le manque de main d’œuvre, les cultivateurs ne pourront livrer la quantité d’avoine réquisitionnée en temps voulu ».  Le Conseil « estime en outre que les agriculteurs de la Commune ne pourront fournir aucune quantité de blé avant le mois de décembre prochain en raison du mauvais temps, du manque de main d’œuvre et de la saison betteravière ».

 

L’objectif de cette séance extraordinaire est également d’interpeller fortement les autorités à propos des nuisances provoquées par les essais d’artillerie qui « portent un préjudice considérable à l’agriculture en empêchant les travaux et particulièrement la moisson ». Ainsi, le Conseil municipal de Tremblay, assisté des Maires et représentants des Conseils de Roissy-en-France, d’Epiais-lès-Louvre, du Mesnil-Amelot, de Mauregard et de Mitry-Mory, « se fait l’interprète des cultivateurs de leurs communes » et « demande instamment » la prise en compte de 8 réclamations précises :

« 1 la suppression des tirs de jour au ballon de la moisson au 13 octobre,

2 à partir du 15 septembre la coïncidence des tirs au ballon avec ceux exécutés sur le champ de tir,

3 la réduction des heures de tir qui seraient de 12h00 à 13h30,

4 que les tirs de nuit ne commencent qu’à 21h00 en raison de la rentrée tardive des ouvriers agricoles et des voitures de livraison de toute nature sur Paris,

5 la stricte observation des jours et des heures des tirs,

6 l’établissement de l’emplacement et de la consigne des vedettes* d’une façon précise. Lesdits emplacements et consignes déposés dans chaque mairie de façon que le Maire ou les intéressés puissent signaler les abus aux autorités militaires,

7 que la 1ère salve d’alarme de 2 coups de canon ne soit tirée qu’une demi heure avant l’ouverture du feu et que les vedettes ne puissent faire évacuer le terrain qu’après cette première salve,

8 lorsque le changement d’heure légale sera établi, que les heures où commencent les tirs de jour seulement, soient avancées d’une heure, c’est-à-dire, de 11 heures à 12 heures et demi au lieu de 12 heures à 13 heures et demi. »

Il est précisé, que « Copie de cette délibération sera adressée à M. le Sous-préfet de Pontoise, à M. le Ministre de l’Agriculture, à M. le Commandant de l’Artillerie de la zone nord à Montmorency, à M. le Général Rouquerol commandant l’artillerie à Vincennes, à MM Amiart et Leredu Députés de l’arrondissement de Pontoise, et à M. Gaborit, Député de l’arrondissement de Meaux. »

 

* L'emploi de l'artillerie nécessite le renseignement, la surveillance, le réglage du tir, la transmission des informations. Ces missions sont exercées sur le terrain par des vedettes missionnées à cet effet.

 

Enfin, en ce mois d’août 1917, après trois années de guerre, le Conseil municipal commence également son terrible décompte des morts aux champs d’honneur. Une première liste de 31 morts et disparus est ainsi établie. Rappel est également fait des 17 prisonniers de guerre que compte la commune en août 1917.

Premier dénombrement des soldats morts pour la France, séance du Conseil municipal du 1er octobre 1917. Régistre des délibérations du Conseil municipal, cliché SEHT.

 

 

     Année 1918     

 

Libérées du front russe, les forces de l’Axe n’ont que quelques mois pour remporter une victoire décisive avant l’arrivée massive des renforts américains. Au terme de différents mouvements offensifs, l’armée allemande réussit à percer le front français en Champagne. Mais cette seconde bataille de la Marne s’achève en juillet, comme en 1914, par une contre-offensive victorieuse de l’armée française qui, cette fois-ci, marque le basculement définitif de la guerre en faveur des Alliées.

 

À Tremblay-lès-Gonesse, la guerre s’est de nouveau rapprochée et l’on entend sans doute le passage des obus des « Pariser kanonen » qui frappent Paris de mars à août 1918. Les bombardements menacent le nord parisien et lors de la séance du conseil du 22 mars le Président de la Commission municipale informe les élus « qu’en conformité des instructions de M. le Sous-préfet de Pontoise il a procédé avec M. Parly, architecte, M. le brigadier de gendarmerie et M. Bénard garde-champêtre, à la visite des caves pouvant être utilisées comme abris en cas de bombardement aérien. Il donne lecture du rapport de M. l’architecte qui conclut que les caves visitées n’offrent aucune sécurité absolue et que seuls les abris spéciaux établis par le Génie seraient capables de donner la sécurité aux habitants qui voudraient s’y réfugier. » Après lecture de ce rapport, les élus adoptent une motion demandant au Préfet « de faire faire par le Génie des abris souterrains en nombre suffisant pour abriter les habitants. »

 

Le front se rapproche, les canons ennemis menacent, mais les principales préoccupations restent tournées vers la préservation des cultures. Les agriculteurs sont toujours en manque de main d’œuvre et craignent encore pour leurs moissons. Ainsi, le 12 février, les élus interpellent M. le Ministre du ravitaillement car le rationnement imposé à Tremblay (300 grammes de pain par jour) ne permet pas de recruter des ouvriers agricoles qui préfèrent partir travailler dans « les communes non assujetties à la carte de pain ». 

 

Par ailleurs, l’affaire des tirs d’artillerie n’est pas close. Une nouvelle séance extraordinaire du Conseil municipal est organisée le 14 mai. Le Conseil « considérant que les tirs d’artillerie qui ont lieu trois fois par semaine un préjudice considérable en raison de ce que les obus tombent tous dans les champs ensemencés, demande instamment qu’une déviation de la ligne de tir soit opérée et que le but soit porté à la cote 120 lieudit les Plâtrières où il y a un assez vaste terrain meuble. »

 

Un mois après, le Conseil, réuni 18 juin, prend connaissance de la réponse du Général Helo, commandant le Département de Seine et Oise, qui se contente d’indiquer dans son courrier que « la modification demandée ne peut être réalisée ».

 

Les autres délibérations de 1918 en rapport avec la guerre sont comptables. Le 21 janvier, le conseil prend acte des 284 francs que la commune recevra en remboursement des dommages infligés aux biens communaux par l’armée pour « les travaux de défense ». Le même jour 5 francs sont accordés par les élus au Comité des orphelins de la guerre, et dix francs au Comité d’assistance de Seine et Oise aux mutilés de guerre. Et le 18 juin, le conseil répartit, selon les états transmis par l’armée, les indemnités de cantonnement aux 62 familles tremblaysiennes concernées, pour un total de 17 528,95 francs. Les sommes versées sont très inégales, allant de 2 francs pour M. Alfred Meignant, à 2000 francs pour  M. Lecallier qui est un des trois plus importants exploitants du village.

 

Ancien carré militaire du cimetière de Tremblay, cliché SEHT

Les dépouilles des soldats qui reposaient dans l'ancien carré militaire ont été transférées dans l'ossuaire du nouveau carré militaire, en 2014.

 

     Années 1919 – 1920    

 

La guerre est finie. La population de Tremblay, comme la France entière, pleure ses morts et souhaite leur rendre un hommage digne de leur sacrifice.  Le 5 août 1919, le Conseil municipal «  décide en principe l’érection d’un monument commémoratif en l’honneur des Morts pour la Patrie. Il décide d’ouvrir une souscription publique à cet effet. Les souscriptions seront recueillies par les gardes-champêtres et au secrétariat de la Mairie. »

 

Le 17 février 1920, le Conseil « décide de faire un référendum dans les familles des Morts pour la Patrie pour désigner l’emplacement du monument. Deux places sont mises au choix, le cimetière et l’ancien cimetière près l’église. » Par ailleurs « le Conseil ajourne sa décision quant au choix du monument. »

Délibération du Conseil municipal en date du 22 mars 1920.

Adoption des plans et budget pour la création du Monument aux Morts pour la Patrie.

Registre des délibérations du Conseil municipal, cliché SEHT.

 

Le 28 mars 1920, le conseil « décide de convoquer les veuves ou les représentants des Morts pur la Patrie le dimanche 28 mars à l’effet de les consulter une dernière fois sur l’emplacement du monument à établir. » Le Conseil « vu les plans et devis proposés par M. Michaud à Aulnay-sous-Bois » adopte « lesdits plans et devis », et « vote à cet effet un crédit de onze mille francs à prélever par autorisation spéciale sur les fonds libres de l’exercice 1920 ».

 

Le 19 octobre, le Conseil décide « d’inscrire sur le côté face du monument : Gloire et honneur aux enfants de Tremblay-lès-Gonesse Morts pour la Patrie 1914-1918. Il décide d’inscrire les 43 noms des morts pour la Patrie sur les deux côtés dudit monument. Le Conseil demande l’attribution de deux canons pour placer à côté du monument. »

 

Enfin, nous avons choisi de clore cette chronique sur la délibération du 12 novembre 1920, qui, deux ans après la fin des combats, « fixe au Dimanche 26 décembre à 14 heures la Cérémonie d’Inauguration du monument élevé en l’honneur des Morts pour la Patrie. 

 

Monument aux Morts pour la Patrie, CPA édition Weival, collection SEHT



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