Souvenirs de Roland Colongo

Chroniques 1940-1944, ou l’Occupation vécue par un adolescent           par Pierre Colongo

 

Fils de Pierre Colongo, Roland Colongo, (1927 - 2015) rejoint les FTP en février 1944  à l’âge de 17 ans, au sein de la compagnie « Commune de Paris du groupe FTP basé dans le quartier du Vert-Galant à Tremblay-lès-Gonesse.

La SEHT remercie M. Denis Colongo, fils de Roland Colongo et petit-fils de Pierre Colongo d’avoir accepté de lui communiquer les écrits de Roland Colongo qui a laissé à son décès deux manuscrits :

- Chroniques 1940-1944 ou l’occupation vécue par un adolescent.  

- Aperçu et portraits du Vert-Galant au second quart du vingtième siècle.

 

INTRODUCTION

L’occupation de la France de 1940 à 1944 par les armées hitlériennes a engendré malheur, misère et oppression.

 

J’ai traversé cette tourmente avec ma perception des choses, ma sensibilité d’adolescent (j’avais treize ans en 1940), retenant par le biais de certains portraits et de quelques anecdotes, ce qui m’a le plus marqué personnellement.

 

À cette période sombre toutes les libertés individuelles et collectives sont supprimées, l'Allemagne impose sa loi : celle du plus fort, et place des hommes dévoués aux postes de décision, l’économie française est exsangue  et alimente essentiellement l’effort de guerre du Troisième Reich, la sous-alimentation est la règle et les arrestations s’amplifient.

 

Toutes ces contraintes, toutes ces exactions, exacerbent le sentiment national et l’on voit rapidement émerger une résistance passive qui au fil des ans se transforme en résistance active armée.

 

Je n’avance ici que des faits auxquels j'ai participé ou qui m’ont été rapportés soit par des témoins oculaires, soit par des exécutants dignes de foi.

 

Toutes ces relations peuvent parfois sembler décousues, en réalité elles ont toutes un lieu commun : leur finalité est de montrer une partie du cheminement qui a conduit à la constitution des groupes de Résistance, qui vont contribuer à la libération du territoire.

 

VERT-GALANT

 

Le Vert-Galant est situé à quinze kilomètres au nord-est de Paris, il dépend de la commune de Tremblay en France [Tremblay les Gonesse jusqu’en 1993).

 

Le lotissement a été taillé en 1926, au travers de I’un des deniers vestiges de la forêt de Bondy, laissant subsister entre les pavillons de nombreuses surfaces boisées, renfermant encore plusieurs centaines de chênes centenaires, au milieu d'une végétation luxuriante. Inutile de décrire le plaisir que nous avions, jeunes garçons, à nous ébattre dans cette nature encore sauvage.

 

Vert-Galant est enserré à l’est par la route nationale de Paris à Strasbourg, à l’ouest par Ie canal de l’Ourcq, et est limitrophe de trois communes : Vaujours, Villepinte et Villeparisis.

Les liaisons avec Paris sont assurées par le rail : la SNCF ayant créé une gare à cheval sur Vert-Galant et Villepinte : ainsi que par un service régulier de cars, à partir de la route nationale.

 

En 1938, le lotissement compte 1200 habitants, en majorité des employés et des ouvriers, chacun connaissant tout le monde (ou presque), et n’ignorant que peu de choses des activités de son voisin.

 

C’est dans cet environnement que s’implante notre unité de Résistance, avec tous les avantages et tous les inconvénients que cela suppose.

 

14 NOVEMBRE  1939

Caserne Borgnis-Desbordes à Versailles, au centre de recrutement de l’armée française.

 

Ils sont une centaine ce matin-là, tous étrangers de nationalités différentes, tous conscients qu’il est de leur devoir de défendre leur pays d’adoption contre l’agression allemande.

Mon père est parmi eux. Après avoir longuement mûri son projet, il a conclu en définitive que la seule solution qui s’impose est de contracter un engagement dans l’armée française, pour la durée de la guerre. C'est pour lui l’occasion de  dire élégamment: « MERCI  LA France ».

 

En fin de journée, un commandant de la Légion étrangère rassemble tous ces volontaires, et leur dit en substance :

« Mes enfants, en tant que représentant de la République française je vous félicite et vous dis merci, regagnez vos foyers, l’armée vous contactera le moment venu ».

Le moment n’est jamais venu.

 

À noter que la nuit suivant la déclaration de guerre de l’Italie à la France (10 juin 1940), les deux vitrines de la devanture de notre magasin « quincaillerie couleurs et vernis » ont été brisées à coups de pavés. Il faut dire que ce qui a été appelé le « coup de poignant dans le dos » ne pouvait qu’être mal apprécié.

Attestation d'une demande d'engagement, en date du 4 novembre 1939, délivrée à Pierre COLONGO

 

FRESNES

 

Un pacte de non agression a été signé en août 1939 entre l'Allemagne et l’URSS. Il deviendra caduc avec l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes le 22 juin 1941.

 

Les autorités allemandes en France occupée, qui avaient fait montre d’une attitude relativement neutre à l’égard des communistes français, déclenchent fin septembre 1941, avec l’aide de ta police française, une grande rafle clans les milieux communistes et syndicalistes. Prés de 500 militants sont arrêtés en Seine et Oise, sous le prétexte vague et général de propagande anti-allemande. Une dizaine le seront au Vert-Galant le premier octobre, dont mon père.

 

Je rentre de l’école en fin d’après·midi, ma mère en pleurs m’explique ce qui s'est passé, et je découvre la tristesse des résultats d’une perquisition : petits meubles renversés, linge jeté à terre, papiers, photos et livres éparpillés dans tout le logement.

Ma mère après une semaine de recherches apprend que mon père est incarcéré à la prison de Fresnes, dans la division allemande, et qu’il est possible de faire parvenir aux détenus un colis mensuel n'excédant pas 3 kg (avec les vêtements)

Nous convenons que j’effectuerais ce déplacement : j’y consacre le jeudi après-midi qui est jour de non classe.

 

Les bâtiments de la prison sont ce que l’on attend d’un tel lieu : austères et sinistres et me paraissent menaçants. Nous sommes une cinquantaine qui descendons dans un sous-sol sale et peu éclairé, notre petite valise à la main. Derrière une longue table se tiennent cinq à six soldats vert-de-gris, chargés de vérifier le contenu de nos paquets et valises qui sont ouverts sans ménagements, les vêtements sont soigneusement fouillés et remis dans la valise, toute la partie alimentation est étalée sur la table .

 

Un peu en retrait, un officier allemand, dont je revois encore la silhouette après plus de cinquante ans, grand, élancé, très aryen de type, prélève ce qui lui convient, dans le peu de choses que nous apportons. Il semble surtout attiré par le chocolat (denrée rare entre toutes) qu’il croque impudemment sous nos yeux, et je pense au plaisir qu’aurait éprouvé mon père en le mangeant.

 

L'essentiel pour le prisonnier est de parvenir à communiquer, à donner des nouvelles au dehors et à en recevoir.

En sortant de la prison, par deux fois, j’ai été interpellé à partir des étages et deux lettres ont voltigé à destination de familles, je les ramasse avec circonspection en m’assurant que personne ne m’aperçoit, et les envoie à l’adresse indiquée.

 

Mon père a été libéré le 24 décembre 1941 avec tous ses compagnons, à la suite d’une amnistie. Nous n’avons jamais su ce qui l’avait provoquée.

Il nous raconte longuement, combien la vie en milieu carcéral est difficile à supporter, moralement et physiquement : la faim, l'inconfort, la peur de l’interrogatoire, la promiscuité, et surtout l’angoisse du lendemain, sont le lot quotidien du prisonnier politique.

Mais la joie de la libération l’emporte, l’important est d’être tous trois réunis, pour ce magnifique réveillon de Noël.

Rapport du commissaire de police de Tremblay-lès-Gonesse, en date du 28 octobre 1941. Pierre Colongo figure en tête de liste des personnes arrêtées par les Allemands.

 

L’ĖCOLE DE CHIMIE

L’École Supérieure de Chimie de Paris (ESCP} est située 21 rue Joubert, dans le huitième arrondissement, À deux pas des grande boulevards, où l’on peut côtoyer, à toutes heures, un bel échantillonnage des uniformes du Von Gross Paris.

 

Je fais partie de la promotion 1943-1944, dont la particularité est d’avoir une grande hétérogénéité d’âges (entre 16 et 24 ans), et curieusement, aussi bien pour les garçons que pour les filles, la scolarité étant mixte.

Cela vient du fait que beaucoup de jeunes hommes, prolongent des études pour échapper au Service du Travail Obligatoire (STO) on Allemagne. Ce faisant, pour certains d’entre eux, il s’agit plus d’actes de présence que d’études.

Ce système leur permet, légalement, d’éviter un départ en déportation avec les inconvénients que cela suppose.

 

Les cours sont fréquemment perturbés par des alertes aériennes. Dés qu’une vague d’avions anglo-saxons: susceptibles de traverser, ou de bombarder Paris, est signalée, les sirènes d’arrondissement émettent longuement leurs stridences, à une très forte hauteur de son. C’est l’indication d’un danger potentiel et l’ordre formel de rejoindre dans les plus brefs délais les abris officiels.

Les sirènes sont relayées par les coups de sifflets des chefs d’îlots de la Défense Passive, chargés de veiller à la bonne observance des règles de sécurité en cas d’alerte aérienne.

Notre immeuble ne possédant pas de caves agréées, suffisantes pour assurer une bonne protection lors de l’éclatement d’une bombe, nous devons rejoindre rapidement la station de Métro Havre Caumartin, pour nous mettre à l’abri. Inutile de préciser qu’à chaque fois, entre les allées et venues et la durée de l’alerte, nous perdons deux heures de cours en moyenne, et ce à raison de deux fois par semaine environ.

 

 

RENÉ MANCEL

René Mancel est de Gagny, où son père est propriétaire d’une petite unité de production d’eau de javel.

René est un ardent prosélyte de  l’OCM.

 

L’Organisation Civile et Militaire (OCM) figure parmi les plus importants mouvements de Résistance. Elle recrute dans les milieux militaires et civils. Elle se manifeste dès décembre 1940, et s’adonne essentiellement à des activités de renseignements. Elle repère des terrains pour préparer l’atterrissage d’avions légers, ou des parachutages d’armes, et s’oriente en 1942 vers le secours aux aviateurs alliés tombés en France, ainsi qu‘a I’aide aux réfractaires du STO.

 

Parallèlement, elle vent constituer un vivier d’hommes qui, a la veille de la Libération, devront rejoindre des maquis prévus à l’avance.

 

René souhaite organiser, dans le cadre de l’OCMJ (fraction jeunes de l’OCM), un groupe clandestin au sein de I’école. Nous sommes cinq à être contactés et à donner un pré accord.

 

Nous prenons notre repas de midi (si on peut appeler cela un repas) dans le restaurant communautaire d‘un foyer de jeunesses  étudiantes, dépendant du Secours National.

Un très large escalier mène au premier stage où se trouve le restaurant. Sous la volée d’escalier, il y a une grande table et des chaises ..... C’est là que nous nous réunissons.

Nous commentons collectivement l’évolution de la situation militaire, sur les différents fronts, et René nous transmet les consignes de l’OCM - quand il y en a -

En substance, toujours les mêmes recommandations : être patients, attendre, surtout ne pas entreprendre d’actions directes contre I’occupant.

Nous savons seulement que notre lieu de regroupement, quand l’arrivée des forces alliées sera imminente, se situera à Clichy-sous-bois, dans les restes encore imposants de la forêt de Bondy.

À la demande de notre « chef » nous choisissons un nom de guerre. Avec le romantisme et l’enthousiasme de l’adolescence, nous devenons : d’Artagnan. Portos, Athos, et Aramis.

Combien étions nous de mousquetaires dans les réseaux de la Résistance ?

René Mancel nous présente, les uns après les autres, à son supérieur direct, cordonnier à Gagny, qui est chargé de s‘assurer de nos motivations -

René pour nous faire patienter, et  peut-être aussi pour nous montrer le sérieux de son organisation, étale sur la table un plan détaillé de la fameuse mitraillette américaine Sten.

Il est certain que s’il avait été pris porteur d’un tel document, il aurait été arrêté sur le champ, avec toutes les conséquences que cela pouvait entraîner.

René, la Libération arrivée, s‘engage dans la première Armée Française, et nous rend visite un jour, dans son uniforme de sergent, la vareuse barrée de la médaille de la Résistance.

C’est le Porthos des mousquetaires. En juin 1944, sachant que je fais partie d’une autre organisation de résistance, et que je suis à la recherche  d’armes et plus particulièrement d’armes de poing, Il me propose un revolver à barillet, que son père conserve soigneusement dans sa résidence secondaire de Noisy-le-grand.

Je suis au rendez-vous, et Pierre me donne un énorme calibre 12,  accompagné d’une vingtaine de balles.

Avoir l’arme est une chose, mais la transporter à bon port en est une autre.

L’ensemble, enveloppé de papier journal, est ficelé sur le porte-bagages de mon vélo porteur, et je songe aux trente kilomètres qu'il me faut parcourir.

À chaque croisement avec un véhicule militaire, ou chaque fois qu'un soldat allemand déambule sur un trottoir de ville, la peur s’insinue avec insistance et me taraude à l’intérieur. Le trajet me semble interminable.

J’ai l’impression idiote que tous les passants m’observent et savent. « Celui-là transporte peut-être un pistolet ! »

C’est un moment éprouvant à vivre. Ce sont deux heures de mon existence qui en valent bien quatre.

Quel soulagement d’arriver sans anicroche à destination et d’exhiber fièrement à Fernand Dive et à Georges Sartorio le résultat de ma démarche.

Quelle douche également, après avoir été félicité, de s’entendre dire : « Ce n’est pas tout, qu’allons nous faire de ce tromblon ? »

Et bien le « tromblon » a cependant servi.

 

 

DRANCY

Le train pour Paris-Nord fait son arrêt normal en gare de Blanc-Mesnil. Sur le quai s'effectue le va-et-vient habituel, d’employés de la SNCF, et d’hommes de la Reichbahn, en uniformes sombres. La gare de Blanc-Mesnil est considérée comme stratégique, du fait qu'elle est au centre d’un important triage ferroviaire de marchandises, s’étendant depuis la sortie d'Aulnay-sous-bois, jusqu’aux limites d’Aubervilliers, d’où la prise en charge de l’ensemble du système par les cheminots allemands, qui out autorité sur leurs homologues français .

 

Sur l’une des voies, à environ deux cents mètres de notre train, stationnent une vingtaine de wagons du type « 40 hommes ou 8 chevaux en long ».

II sort de ce convoi une vague rumeur de cris et d’appels, qui nous parviennent étouffés par l’éloignement, et nous voyons distinctement des mains sortir des impostes des wagons, et s'agiter dans notre direction. Il s’agit vraisemblablement d’un transport de juifs. Nous savons qu'a proximité, dans les « gratte-ciel » de Drancy, est implanté un camp d’internement regroupant des Juifs en transit.

 

Nous n'imaginons évidemment pas la destination de ce convoi, mais il se dégage une atmosphère tragique de cette rencontre, quelque chose de poignant, qui nous étreint et nous met mal in l’aise, figeant les conversations et arrêtant les sourires.

 

Mais qu’est ce qui n’avait pas un caractère tragique à cette époque ?

 

 

PASSAGE AUX FTP

 

Je connais le travail clandestin de mon père, et lui confie que je suis sur le point d’être immatriculé à I’OCM.

Inquiet de ces contacts, il me propose de rejoindre les Francs Tireurs et Partisans, et me prépare un « contact » avec un responsable parisien.

 

Le rendez·vous a lieu un dimanche après-midi de février 1944, place de la République, près de la caserne Von Tirpitz. Mon interlocuteur, d’environ vingt-cinq ans, doit porter une musette verte au côté, et tenir à la main un exemplaire de l’hebdomadaire « Je suis partout ». 

Je l’aborde avec le mot de passe : « Je suis le fils de Jacques ». II me répond : «  Il y a longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles ».

Nous nous serrons la main. Un jeune homme nous rejoint. À peu de distance, il surveillait la scène, au cas on il y aurait eu un incident.

Roger me décrit succinctement le but de l’organisation des FTP, et me pose une série de questions sur ma vie de tous les jours. Manifestement, il est là pour me jauger, et découvrir mes motivations. Je sens bien qu’il connaît mon père, et que son patronage est le meilleur des sésames.

II me propose d’intégrer les FTP avec deux solutions possibles : soit une immersion totale dans la clandestinité, supposant que je coupe avec mon milieu ambiant, soit une appartenance compatible avec une vie normale, me permettant de participer à des actions ponctuelles.

C'est évidemment la seconde solution que je retiens.

 

 

NINO

Je vois arriver mon père. À son air grave et tendu, je me rends compte qu’il s’est passé un événement important. Il m’étreint, et les yeux embués de larmes, il me dit simplement : « Nino a été tué »

Antoine Cusino, « Nino »  pour ses parents et ses amis, est le fils unique d’un couple d’italiens, qui ont fui leur pays natal, lors de l’avènement du fascisme incarné par Benito Mussolini.

Ils sont tous deux communistes et fiers de l’être.

 

Nino est un garçon charmant, d"une gentillesse à toute épreuve, qui a montré son courage en participant à différentes actions de notre groupe.

 

Le jour de son anniversaire - il a eu vingt ans le 13 août - il s’est fiancé à Marthe, la sœur de son meilleur ami : Georges Jaègle, résistant comme lui.

 

Le 18 août, il part avec six camarades pour tenter de récupérer de l’essence à un poste de distribution, route des Petits Ponts à Villepinte.

Le groupe est surpris par une automitrailleuse allemande. Ses six compagnons parviennent à se sauver par l’arrière du café, qui donne dans la nature.

Nino reste seul, et essaie maladroitement de dissimuler son revolver. Il est appréhendé par les militaires allemands, horriblement battu, sciemment blessé aux bras et aux jambes, avant d’être enfin fusillé.

Le 19 août son corps est récupéré, et ramené chez ses parents au Vert-Galant.

Nous l’avons veillé pendant trois jours.

Je le vois encore allongé sur son lit, la mâchoire soutenue par un bandeau noué sur sa tête, le visage fortement marqué, par ce qui a du être un coup de crosse de fusil .

Par crainte d’une descente possible allemande, nous laissons une sentinelle de garde toutes les nuits devant son domicile, prête à alerter nos amis de veille. L’arrière du pavillon donne sur un terrain vague. Nous sommes prêts à nous échapper à la moindre alerte, pour rejoindre une rue parallèle.

Les obsèques ont lieu Ie 22 août, avec un grand concours de population – Nous sommes armés, et assurons la protection du convoi funèbre.

Obsèques d'Antoine Cusino : rapport de Fernand Dive dit Gourget, commandant de la 11e région FTPF

Quelques jours plus tard

Je ne me doutais pas que quelques jours plus tard, le 31 août, je mènerais le deuil de mon père, suivant le pas d’un corbillard, tiré par deux chevaux caparaçonnés de noir et d’argent, conduits par un croque·mort à bicorne

28 AOUT 1944

Mon père est mort, et je ne parviens pas à concrétiser la chose.

 

Le 27 août, au retour d’une mission à Paris, à moto, Fernand Dive et Aldo Seghezzi, sont accrochés sur la route de Meaux, à hauteur de Vaujours, par une patrouille allemande. Aldo le conducteur est tué sur le coup, et Fernand très grièvement blessé.

Le lendemain mon père ne peut voir son chef, qui a été transporté en urgence à l’hôpital de Montfermeil. Furieux de le savoir si mal en point, il s’empare d'un fusil pour « faire son boche », et venger ainsi ses deux camarades. En chemin il rencontre un ami : Marcel Botté, artisan serrurier, qu’il convainc de l’accompagner. Marcel n’appartenait pas à notre groupe, mais avait rendu à mon père quelques services concernant son activité résistante.

 

Le canal de l’Ourcq traverse en tranchée toute la zone de Vert-Galant à Villeparisis, avec face-à-face, deux buttes boisées d’environ vingt mètres de haut. La butte ouest est tenue par des éléments allemands. Mon père et son compagnon s’installent au sommet de la butte est.

Après quelques minutes de surveillance, mon père a dans sa ligne de mire deux soldats allemands. Il ajuste et tire une balle. N’entendant rien et ne voyant rien, il se soulève à demi pour mieux observer…  Quelle belle cible avec sa chemise blanche   Un coup de feu claque… Mon père s’écroule foudroyé par une balle en plein cœur.

 

Le matin même, avec deux camarades, nous avions réquisitionné la 11cv Citroën du boucher Maillet, réputé pour être un profiteur effréné du marché noir. Notre mission était de ramener depuis Paris libéré, le maximum d’armes pour aider à la libération de notre région. Notre bilan est maigre : deux revolvers et trois grenades.

 

Au retour, nous nous arrêtons à Livry-Gargan où un attroupement s’est formé, la commune vient d’être délivrée.

Et c’est là qu’incidemment, j’entends une voix dire :

« Colongo est mort au Vert-Galant »

Obsèques de Pierre Colongo, août 1944

 

DEBUT SEPTEMBRE

Nous sommes à table ma mère et moi, quand soudain venant de la cour un joyeux appel jaillit qui nous empoigne le cœur, et nous fait douter l’espace d’un instant de la réalité du moment.

                        Pierre !…………..Pierre !

C’est un ami parisien de mon père qui, ignorant sa disparition vient prendre de ses nouvelles.

        Mais Pierre est bien mort et la réalité nous rattrape.

 

- La Résistance a chèrement payé son tribut à la Nation : 140.000 morts, dont 75.000 lors des combats en FRANCE, et  65.000 déportés politiques décédés dans les camps de concentration.

 

- La Résistance a représenté la valeur de 15 divisions alliées lors du débarquement

(Mémoires du général EISENHOWER)

 

- On estime qu’en FRANCE par rapport à la population active, il y a eu pendant l’Occupation :

  • 8% de résistants.
  • 8% de collaborateurs
  • Et les autres

 



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