DUTAILLIS André, Alexandre

 DUTAILLIS André, Alexandre, mort pour la France le 10 mai 1915

André, Alexandre Dutaillis est le second fils de Madame Augustine Dutaillis, mère célibataire. Il semble qu’il ait vécu plus douloureusement que son frère aîné Honoré, Mader, le regard de la société de son époque sur l’histoire de sa famille. Il sait lire et écrire, exerce la profession de chauffeur. Il a un visage long, des cheveux noirs, des yeux bleus ; Il mesure un mètre soixante et onze, une taille relativement grande pour son époque, mais il a une malformation de la jambe droite, qui le fait légèrement boiter. On est frappé, dans l’itinéraire de ce garçon, par la quête de reconnaissance de ce jeune, qualifié à l’époque « d’enfants naturel », voire de termes beaucoup plus péjoratifs. Il a même subi une condamnation à 15 jours de prison, pour mendicité, sans doute dans une période où il était sans emploi et totalement isolé dans la capitale. Peut-être à cause de cette injuste condamnation, il cherchera à se réhabiliter à ses propres yeux, par une conduite héroïque. Classé dans la 2e catégorie par le Conseil de révision (déviation du membre inférieur droit), il est noté « soutien de famille » le 12 novembre 1913. Incorporé le 28 novembre 1913, il passe dans le service armé, sur sa demande, par décision du général commandant la subdivision de St Brieuc, le 23 septembre 1914, après avis de la commission de réforme. Il sert d’abord comme infirmier et est muté le 17 mars 1915, encore sur sa demande, au 146e régiment d’infanterie, unité dans laquelle a servi son frère, tombé le 25 septembre 1914, à Minaucourt.

Le 9 mai 1915, l’armée française lance une offensive d’envergure contre les positions allemandes situées sur les collines de l’Artois. La prise de Neuville constitue un objectif majeur, avant de reprendre pied sur la crête de Vimy. Côté allemand, le village de Neuville est protégé par quatre lignes de défense et chacune de ses 150 maisons est transformée en forteresse hérissée de canons et de mitrailleuses. André, Alexandre Dutaillis, tué le 10 mai, est parmi les premières victimes de l’offensive. Alors que son frère repose dans le carré militaire de Tremblay, sa dépouille à lui gît dans la nécropole de la Targette, à Neuville Saint Vaast. Il est séparé à jamais de ce frère dont il a voulu partager le tragique destin.

Journal de Marche et des Opérations du 146e RI

10 mai 1915 Le lieutenant colonel David doit avec 2 bataillons du 156e et 1 bataillon du 153e continuer l’attaque dans les directions prescrites hier. L’important est de s’emparer du cimetière tout en continuant à battre par le feu la partie N du village occupé par l’ennemi. L’attaque est appuyée par 2 groupes du 60e. Le groupe Picot tire sur le cimetière et la partie de ligne ennemie entre le cimetière et le village. Le groupe Baudelaire tire sur le village. Un 3e groupe tire en arrière.

16 h : Ordre d’attaque du village de Neuville-Saint-Vaast.

À l’est le bataillon Fiatte après quelques mouvements en avant est fixé au sol. Le 37e qui est à sa droite n’ayant pas quitté ses tranchées. Laissé dans le vide, il doit à la nuit tombante prendre ses emplacements dans la tranchée.

Le bataillon Bar qui attaque au sud-est dans la rue centrale et au sud-ouest progresse de 50 à 60 m dans la rue centrale. Des mitrailleuses qui enfilent la rue et des bombes projetées des maisons empêchent toute progression, il faut prendre les maisons une à une. Au sud-ouest l’attaque est arrêtée tout de suite par des mitrailleuses. Au sud-est, après des progrès rapides, à travers les vergers, nous ne pouvons nous maintenir, par suite de la réapparition en arrière d’éléments allemands, utilisant les caves qui communiquent toutes et paraissent aboutir jusque dans le verger.

La progression sur la lisière Est, en général fut arrêtée par des mitrailleuses, bien avant d’arriver au cimetière.

Du côté Ouest, la progression fut impossible. Ni le 160e ni le 329e n’atteignent la lisière du village. Deux îlots de maisons organisées en fortin flanquent la lisère rectiligne. Il fallut s’arrêter à la tombée de la nuit. Pour arrêter un retour offensif de l’ennemi le feu fut mis partout où on le put. Le front acquis fut conservé

 

Les ruines de Neuville-Saint-Vaast attestent la violence des combats

dans lesquels André, Alexandre Dutaillis a été tué le 10 mai 1915



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