BARDOU Valentin, Mathias

BARDOU Valentin, Mathias, mort pour la France le 17 juillet 1918

Né à Tremblay-lès-Gonesse le 4 juillet 1897 Valentin Mathias Bardou réside à Eaubonne, 1 rue Henry Mirabaud, lorsqu’il est recensé par l’autorité militaire. Ses parents Léon Victor Bardou et Clémence, Céleste, Alphonsine Michel sont également domiciliés à Eaubonne canton de Montmorency département de Seine-et-Oise où leur fils exerce la profession de garçon de café.

Il a des cheveux noirs, des yeux marron clair, un front front haut, un nez droit. Bouche petite, lèvres épaisses, menton saillant, il mesure un 1,67 m, possède une bonne instruction primaire ce qui le classe degré d’instruction : 3

Le conseil de révision l’inscrit  sous le n° 12 de la liste du canton de Montmorency, classé dans la 1ère partie de la liste en 1915.

 

Incorporé à compter du 11 janvier 1916, il arrive au corps le 12 janvier 1916. Soldat de 2e classe il est promu soldat de 1ère classe le 1er juin 1918. Affecté au 36e bataillon de tirailleurs sénégalais il est porté disparu le 16 juillet 1918 au combat du Bois des Juifs à Corcy, dans l’Aisne.

 

 

Le journal du 36e BTS n’est pas tenu en juillet 1918 mais nous disposons d’une relation très complète de l’engagement du 36e BTS auquel a participé Valentin Bardou. Elle a été publiée par Raoul Desjardins dans la revue de Paris du 1er septembre 1934 sous le titre  « Au bois des juifs (juillet 1918) ».

 

                                                             

 

Nous citons quelques passages de cette longue relation qui débute par l’exposé de l’état d’esprit des hommes de cette unité au moment d’engager le combat : « Le bruit court qu’on va utiliser nos deux unités pour une attaque : coup de main, participation à une action de plus grande envergure ? Comme toujours en pareil cas nous nous perdons en conjectures assez anxieuses.

Nos compagnies se rassemblent en colonnes par 4 dans le jour finissant et nous partons à travers les grands bois.

Cheminement lent, interminable… La nuit est heureusement claire. Nous peinons sous la charge supplémentaire de vivres et de grenades dont on nous a écrasés. J’éprouve cependant ce vague désir, déjà ressenti en montant aux attaques ; désir de voir cette marche épuisante se prolonger éternellement car, je le sais ! Au bout de tout cela les véritables désagréments de l’existence vont commence, à moins de trop vite finir… »

« Nous attendîmes anxieusement le signal de l'attaque, tandis que les projectiles nous cherchaient dans l'ombre. J'avais rejoint dans une fosse le lieutenant de Girons, mon chef de section. Le capitaine Charpentier se dressa devant nous, calme, trapu, énergique, le bouc en bataille (…). Il s'agissait d'améliorer notre front en prenant le Bois des Juifs, observatoire que les Allemands possédaient sur nos positions et qui, nous le sûmes plus tard, était à enlever à tout prix, pour mener à bien l'attaque du 18 juillet sur ce secteur de la bataille. » (…)

« Les obus commencèrent à pleuvoir. Une rumeur se propagea « Alerte aux gaz! » Nous plaçâmes nos masques et ce fut pour nous l'enfer contemplé derrière une plaque obscure de mica. La mort nous environna sous nos étouffantes cagoules de pénitents. A chaque instant, un obus éclatait dans un écroulement de tombereau de ferrailles accompagné d'une vertigineuse vibration d'élytres de métal. Les projectiles à gaz nous enveloppèrent d'un dense brouillard, au travers duquel erraient les vagissements de nouveau-nés des blessés, étouffés sous leurs masques. »

Un tirailleur se jeta à côté de mon trou, cherchant de l'épaule à m'en déloger; mais aussitôt ses forces décrurent, il arracha son masque pour respirer. J'entendis le grondement râlant d'une plaie de poitrine; il s'allongea près de moi et mourut, griffant le sol de ses ongles. Haut dans le ciel, les 210 passaient avec de puissantes foulées pour s'écraser derrière nos positions sur Corcy. D'autres obus à trajectoire tendue fonçaient pendant cent mètres à travers la cime des arbres, avec la fureur tumultueuse d'un rapide traversant une gare. Parfois un arbre entier se couchait dans un fracas gigantesque et des paquets de branches montaient lourdement dans le ciel. Une soif atroce nous sécha le gosier, mais dès que nous soulevions nos masques dans l'espoir fou de respirer un peu d'air frais, une brûlante, une écœurante odeur de fumée empoisonnée et de sèves écrasées nous emplissait la bouche. Nous baignions dans une mer d'ypérite et de chlore.

 



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